1345 : DERBY EN GUYENNE


À l’appel du baronnage de Gascogne, fidèle à son roi-duc Édouard III d’Angleterre, et soucieux de secouer le joug de l’administration française qui pèse sur la Guyenne depuis la commise du duché quelques années auparavant, le roi d’Angleterre dépêche son cousin Henry de Derby sur le continent. Tandis que lui-même et son fils aîné Édouard de Woodstock — que la postérité reconnaîtra sous le nom de Prince Noir — projettent à leur tour de débarquer dans le Sud-Ouest et se voient contraints par une forte tempête à se rabattre sur la Normandie, Derby lance une terrible chevauchée, une de ces expéditions de rezzous et de pillages qui seront coutumières lors de la première phase de ce long conflit que l’on nomme la guerre de Cent Ans.

 

 

1346 : JEAN DE NORMANDIE LÈVE LE SIÈGE D’AIGUILLON

 

Tandis que l’un des plus brillants capitaines anglais, Gauthier de Mauny, défend la ville d’Aiguillon face aux troupes du duc de Normandie, futur Jean II le Bon, le comte de Derby fond sur la Saintonge et l’Aunis, s’empare de Mirambeau et d’Aulnay-en-Saintonge, de Surgères et de Benon. Jacques de Bourbon, alors lieutenant du roi en Saintonge et Poitou, est impuissant à le contenir.
Cependant Philippe VI de Valois à fort à faire avec l’ost d’Édouard d’Angleterre. Il finit par se faire durement étriller à Crécy où tombe la fine fleur de la chevalerie française sous les coups des archers gallois et victime de sa folle bravoure et de son incorrigible indiscipline.
Les Anglais portent alors le siège devant Calais qui mettra onze mois avant de tomber.
Philippe VI rappelle à ce moment le duc de Normandie, son héritier, qui rentre assez piteusement à Paris.

JEAN II LE BON

Derby, quant à lui, assiège alors l’île de Marans, forte d’un imposant château pouvant contenir jusqu’à 2 000 hommes de garnison, commis à la garde d’un certain Regnault IV de Pressigny, seigneur des lieux. La place se défend si vigoureusement que l’ennemi n’a d’autre choix que d’abandonner la partie pour se diriger alors vers le Poitou, sans omettre de ravager les environs de La Rochelle. Derby rejoint son suzerain le roi Édouard d’Angleterre devant Calais où une forte armée Française parvient à son tour, campe quelques jours sur place, à Sangatte, avant de tourner bride sans combattre. Calais, abandonnée, tombe et devient ville anglaise pour plus de deux siècles. Ses habitants sont jetés sur les routes, abandonnés à leur sort, tandis qu’administrateurs et commerçants viennent d’Angleterre pour peupler la cité.
Une trêve entre les deux royaumes intervient alors, qui fut cependant très peu respectée car des bandes rivales ou à la solde de capitaines peu scrupuleux — les routiers — continuent d’escarmoucher. La trêve, prévue pour durer un laps de temps assez limité se voit donc prolongée par la force des événements. Une terrible épidémie de peste, la Peste Noire, frappe le continent et n’épargne pas le royaume d’Angleterre. Apporté par les nefs marchandes revenant de la Mer Noire, où plutôt par les rats qui voyageaient sur ces nefs, le fléau cause la mort de près de la moitié de la population d’Europe. La maladie sévira ainsi par intermittence jusqu’en 1351 où elle semblera se calmer. Cependant, elle reviendra par vagues mortelles successives jusqu’au XVIIIe siècle.

 

 

1351 : BOUCICAUT COMMANDE EN SAINTONGE

 

TRÉBUCHET

Jehan Ier le Meingre, dit Boucicaut, qui deviendra maréchal de France, commande alors en Saintonge. Il projette d’enlever aux Anglais le château de Fouras. Mais il manque de machines de guerre et s’adresse aux Rochelais qui en construisent à leurs frais et fournissent à Boucicaut des gens pour les charrier jusqu’à Fouras et les servir. Le château de Fouras est pris et restitué à son propriétaire légitime, Aymar de Maumont, seigneur de Tonnay-Boutonne.

 

 

1351 : SIÈGE DE SAINT-JEAN-D’ANGÉLY


Nous sommes toujours en 1351. Charles d’Espagne, descendant de Saint-Louis, connétable de France, plus-que-favori de Jean II qui vient de monter sur le trône (Philippe VI meurt en 1350), assiège Saint-Jean-d’Angély occupée par les Anglais. À cause de la faiblesse numérique et probablement de difficultés d’approvisionnement des assaillants et de la résistance opiniâtre de la garnison, le siège se prolonge interminablement.
Le roi décide d’ameuter le ban et de venir à la rescousse avec une armée conséquente. Mais le royaume de France, déjà durement éprouvé par la peste, est plongé dans la famine. Impossible de fournir à l’armée les subsistances nécessaires. Les Rochelais équipent alors des bâtiments pour aller s’approvisionner en blés de Flandre et jusqu’en Basse-Allemagne. C’est un succès qui contribue à lever les obstacles aux projets du roi.

 

 

1352 : ATTAQUE DE SOUBISE


Le maire de La Rochelle détache un corps d’habitants, des milices communales, pour aller attaquer Soubise, qui commande, face au château de Rochefort, l’embouchure de la Charente. Le bourg et sa place forte sont enlevés sans problème.

 

 

1353 : LES ROCHELAIS AU SECOURS DE SURGÈRES


Les Anglais avaient repris le château de Surgères. La Rochelle envoie encore des milices communales pour le reconquérir. Ils connaissent un succès assez facile et chassent l’ennemi.

 

 

1356 : DES TROUPES DU PRINCE NOIR SURPRENNENT SALLES

 

Le Prince Noir mène une chevauchée rapide et destructrice sur le Poitou et le Berry, après avoir razzié le Languedoc l’année précédente. Un de ses corps de troupes pénètre en Aunis et surprend le bourg de Salles, petite place assez bien fortifiée, et investit les murs. Les Rochelais accourent et grâce à l’aide des habitants des lieux voisins, parviennent à assiéger les Anglo-gascons. Le chevalier poitevin Guichard d’Angle, alors sénéchal de Saintonge pour le compte de Jean II, leur vient en aide à la tête d’une compagnie de gens d’armes. Grâce à quatre béliers et des engins de siège qui balançaient des pierres, on réussit à ouvrir une brèche dans les murailles. Les assiégés se rendent à merci.

GISANT DU PRINCE NOIR,
CATHÉDRALE DE CANTERBURY

 

 

1356 : LES ANGLAIS AU CHÂTEAU DE ROCHEFORT

 

LA BATAILLE DE MAUPERTUIS (© BNF)

Les Anglais tiennent le château de Rochefort et troublent la navigation sur la Charente. Neuf galères espagnoles partent du havre de La Rochelle pour aller bloquer le château. François de Pilleux, commandant de cette flotte, reçoit une somme considérable pour cette expédition des mains des magistrats de La Rochelle. Simultanément, ils envoient des arbalétriers et des machines de guerre. Grâce à ce secours, Guichard d’Angle peut attaquer vers la fin du mois d’août le château qui se rendit le 5 septembre. Il deviendra le seigneur de ce fief.
Entretemps survient la bataille de Maupertuis. Acculé à la bataille à quelques lieues de Poitiers, le Prince Noir, grâce à la ruse et à la chance et surtout, encore et toujours, à l’incurie du commandement français, remporte cette victoire inespérée et fait prisonnier le roi de France !

 

 

1356 : GUICHARD D'ANGLE REPREND
LE CHÂTEAU DE ROCHEFORT

 

« La place de Salles ne fut pas la seule surprise en ce pays par les Anglais en cette année [1356]. Rochefort-sur-Charente le fut aussi. Les habitants de cette ville [la Rochelle] en reçurent plus d'incommodités que de Salles, par les choses nécessaires qu'ils ont chaque jour de la dite rivière [la Charente]. Aussitôt que Salles fut rendue, les maire, échevins et pairs, avec les habitants de cette ville, recherchèrent toute occasion de mettre hors les Anglais du dit lieu de Rochefort. Sur la fin du mois d'août, il arriva neuf galères en cette ville, qui venaient d'Aragon, desquelles était capitaine un chevalier, messire François de Pilleux. Les dits maire, échevins et pairs le retinrent pour s'en servir au siège de Rochefort, et donnèrent, pour la solde et dépenses des galères, neuf mille écus d'or. Ils leur firent faire voile devant le dit château de Rochefort et y envoyèrent par terre quatre des béliers et machines de la ville. Le château fut investi, par mer et par terre, par les gens de guerre du sieur sénéchal, les habitants de cette ville et du plat pays, à tous lesquels le dit sénéchal commandait. Le dit château fut commencé à être battu par les dites machines, l'avant dernier jour du mois d'août, et tellement pressé d'assaut que le cinquième jour de septembre suivant, il fut enlevé de force et remis en l'obéissance du roi ». (D'après l'annaliste Amos Barbot ; Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XIV, p. 164-165).

 

 

1356 : SEIGNEURS POITEVINS, AUNISIENS
ET SAINTONGEAIS À MAUPERTUIS

 

Parmi les seigneurs d’Aunis et de Saintonge qui sont tués à la bataille de Nouaillé-Maupertuis, on dénombre le sire Renaud de Pons, le vicomte de Rochechouart, le sire de Parthenay, ceux de Montendre et Matha ainsi que Jean de Maumont. Dans les rangs des blessés on compte le sénéchal de Saintonge Guichard d'Angle, le seigneur Guy de Rochefort et Alain de Montendre. Au nombre de ceux qui ne furent pas pris quoique vaincus, on lit les noms du sire de Surgères (seigneur de la Flocelière, de l’ancienne maison de Maingot, qualifié « chevalier » dans une quittance datée du 13 février 1355), ainsi que ceux de Louis et Aimery de Rochechouart, de Eudes de Culant, du sire de Mortemart et de Pierre de Cramand, porte-bannière du vicomte de Rochechouart.

BLASON DES VICOMTES
DE ROCHECHOUART

 

 

1360 : AUNIS ET SAINTONGE DEVIENNENT ANGLAIS

 

LES TOURS DE LA ROCHELLE

Suite à la bataille de Nouaillé-Maupertuis et de la capture du roi Jean le Bon puis d’une autre expédition anglo-gasconne sur Reims dans le but de faire sacrer Édouard III, le traité de Brétigny est signé le 8 mai. Il sera confirmé par la suite à Calais en présence des deux rois.
On cède à l’Angleterre le Poitou, la Saintonge, tant en deça qu’au-delà de la Charente, et la ville de La Rochelle avec ses dépendances (à noter que l’Aunis à cette époque dépend de la sénéchaussée de Saintonge.
Il est stipulé que lorsque Jean II aura payé les premiers six cents mille écus d’or et livré les otages avec la ville de La Rochelle et le comté de Guines, il recouvrera la liberté.

De sa prison dorée de Londres, Jean II écrit aux Rochelais, leur demandant d’envoyer des députés à Calais pour y recevoir des ordres. C’est un certain Richardin d’Ambleville qui porte le courrier royal à la capitale aunisienne. Les Rochelais députent alors à Calais le chevalier Guillaume de Seris, Pierre Buffet, Jean Chaudrier, Guillaume Boular, Macé d’Aigue-Chaude, tous bourgeois et échevins de la commune. À Calais, ils apprennent qu’ils sont destinés à vivre sous domination étrangère et en sont fort affectés. Ils représentent que leur ville, par sa position et son commerce, est trop utile à l’État pour être aliénée. Le roi les félicite de leur zèle mais leur fait valoir que les engagements pris étaient sacrés et qu’il ne pouvait manquer à sa parole et qu’il convenait que ses sujets en fassent autant.
Charles, le dauphin déclaré régent de France, écrit à La Rochelle le 26 octobre pour annoncer la cession de la ville aux Anglais. Les Rochelais continuent de supplier le roi de n’en rien faire, mais en vain. Celui-ci fait valoir qu’il s’était à nouveau engagé à céder la ville et que cette cession, avec la question des otages, figure parmi les conditions sine qua non de sa liberté. Les Rochelais finissent par accepter mais déclarent qu’ils obéiront aux Anglais du bout des lèvres mais non du cœur.
Edouard signe à Calais le traité définitif avec Jean II et confirme les privilèges de La Rochelle.
Les députés de la capitale d’Aunis font alors serment de fidélité à Edouard III le 30 octobre. [voir liste des Rochelais qui firent serment à l’Anglais (pdf)].
Il faut alors que les soldats français évacuent la place. Les deux rois nomment des commissaires chargés de cette éxécution : Boucicaut et Guichard d’Angle pour la France et Bertrand de Montferrant pour l’Angleterre se rendent à La Rochelle le 6 décembre 1360.
Le maire les reçoit hors de la ville, accompagné de Gaillard-Dupui, évêque de Saintes, de l’abbé de Châtres (près de Cognac) et des officiers municipaux.
Montferrant annonce de façon solennelle qu’il vient prendre, conformément aux traités, possession de la ville. Il est appuyé par le loyal Boucicaut et ordonne au maire d’obéir. Celui-ci s’exécute.
Le lendemain, 7 décembre, dans l’église des Frères Prêcheurs, le maire, Louis Buffet, fait serment d’être fidèle à son nouveau souverain, le roi d’Angleterre en qualité de duc d’Aquitaine. Le 8, la même cérémonie se répète pour tous les citoyens dans les églises paroissiales de la ville.

 

 

1363 : LE PRINCE NOIR À LA ROCHELLE


Édouard de Woodstock, le Prince Noir, fait son entrée publique à La Rochelle le 27 août et en reçoit l’investiture de la part du roi Edouard des mains du comte de Warwick, Thomas de Beauchamps.

 

 

1364 : DES PRISONNIERS À LA ROCHELLE

 

Après la bataille d’Auray — où Charles de Blois (soutenu par la France), en lutte contre Jean IV de Montfort (champion de l’Angleterre) pour la possession du duché de Bretagne perd la vie —, le prince Noir fait enfermer dans les prisons de La Rochelle une partie des seigneurs qui avaient combattu dans les rangs des Charlots, les partisans de Charles de Blois. Cette demande lui a été expressément faite par Montfort, nouveau duc de Bretagne, qui craint de ne pouvoir s’assurer d’eux durablement dans une contrée encore en proie à des troubles.

LA BATAILLE D'AURAY (© BNF)

 

 

1367 : LA ROCHELLE SE SOUMET AU FOUAGE DU PRINCE NOIR

 

GISANT DE DU GUESCLIN,
ABBAYE DE SAINT-DENIS

À la sollicitation de Pedro de Castille dépossédé de son trône par son demi-frère Enrique de Trastamare, Edouard de Woodstoock, prince de Galles et d’Aquitaine, héritier du trône d’Angleterre, s’engage dans l’aventure espagnole. Il obtient une retentissante victoire à la bataille de Nájera et fait prisonnier Du Guesclin et d’autres importants barons (Arnoul d’Audrehem, le Bègue de Villaines, etc.). Enrique de Trastamare s’enfuit en France et va se mettre sous la protection de Charles V.
Cependant Pedro de Castille avait promis monts et merveille et surtout de solder les troupes anglo-gasconnes. Il n’en fit rien et le Prince Noir, malade, alarmé par la situation de plus en plus inquiétante sur les marches de sa principauté d’Aquitaine s’en retourne au-delà des Pyrénées.
À court de trésor, il décide d'un nouvel impôt, le fouage, de dix sous par feu pour une durée de cinq ans. Cette nouvelle levée fait un tollé et soulève surtout le grand baronnage gascon (les d'Albret, les d'Armagnac…) qui va se placer sous l’arbitrage du roi de France, niant par là le traité de Brétigny et leur sujétion au roi d’Angleterre.
La Rochelle quant à elle se soumet à l’impôt plus par sujétion et crainte que par désir.
Cependant, le Parlement de Paris décide de recevoir les arguments des « appelants » (les barons gascons plaignants) et convoque le Prince Noir à comparaître devant la Cour des Pairs. Celui-ci, bien-entendu, refuse et déclare même être disposé à se rendre en la capitale de France « le bassinet en tête avec une armée de 60 000 hommes » (voir Froissart).
Constatant son absence à la convocation, on décide (mais n’était-ce pas déjà décidé ?) de la reprise des hostilités.

 

 

1369 : ROBERT KNOLLES À LA ROCHELLE


Donc, en 1369, la guerre entre France et Angleterre se rallume. Charles V prononce la confiscation du duché d’Aquitaine. Aussitôt, Édouard III envoie des troupes en renfort à son fils le prince d’Aquitaine.
Robert Knolles, un terrible capitaine anglais et chef de route (mercenaires sans foi ni loi qui écument l’arrière-pays à l’affût de meurtres et de rapines) installé à Derval, recrute des troupes et débarque à La Rochelle. Les habitants, connaissant sa réputation d’impitoyable homme de guerre, l’auraient mal reçu sans la présence et l’autorité de Jean d’Evreux, commandant de la place aunisienne pour le sénéchal Thomas de Percy, qui remplace dans sa fonction le valeureux John Chandos, tué à Lussac-les-Châteaux. Au contraire ils font contre mauvaise fortune bon cœur et savent suffisamment composer pour réserver à Knolles un accueil sinon chaleureux, du moins favorable.

 

 

1371 : BATAILLE NAVALE DANS LA RADE DE LA ROCHELLE

 

Grâce à l’aide de Charles V et de Du Guesclin, Enrique de Trastamare vainc son demi-frère Pedro de Castille à la bataille de Montiel, en Espagne. Non content de sa victoire, il occit son parent de ses propres mains et remonte sur le trône de Castille.
Il ne peut faire mieux que d’appuyer son allié le roi de France : une flotte castillane vient au secours des Français et de Charles V dans leur guerre de reconquête des provinces perdues au traité de Brétigny. L’armada est commandée par l’amiral Bocca-Negra. Elle se compose de quarante grosses nefs munies d’un château crénelé, propre à lancer des traits. La flotte croise le long des côtes de Saintonge et du Poitou. La nouvelle de l’arrivée imminente d’une flotte anglaise à destination de La Rochelle, aux ordres du comte de Pembroke et de Guichard d’Angle (qui était devenu entretemps sénéchal de Saintonge pour le compte des Anglais !) décide les Espagnols à investir le port de la ville.

BATAILLE NAVALE
EN RADE DE LA ROCHELLE (© BNF)

Les Anglais paraissent le 22 juin 1371. Un combat sanglant s'engage. Il ne s’apaise qu’avec l’arrivée du soir.
La nuit suivante, l’Anglais Jean de Herpedenne sollicite les Rochelais d’armer à la hâte tous les navires de pêche ou barques qu’ils peuvent réunir dans leur port pour renforcer la flotte anglaise. En vain. Les Rochelais, déterminés à rester tranquilles spectateurs, déclarent qu’étant chargés de la défense de la ville, ils n’en peuvent sortir et en abandonner ainsi la défense.
Au petit matin, des Espagnols équipés de brûlots vont, à la nage, incendier les nefs anglaises. Le combat reprend avec le jour alors que flambent les vaisseaux. Un chevalier suggère à John de Hastings, comte de Pembroke, de sauter dans une barque pour aller chercher secours à La Rochelle. Il est offusqué par cette requête qu’il juge indigne de lui.
Les Espagnols passent à l’abordage et éperonnent son bateau. Tous les vaisseaux sont pris, brûlés ou coulés. Le chef de l’expédition anglaise se rend avec ceux de sa suite, dont Guichard d’Angle. Ils seront enchaînés et passeront de long mois de captivité dans la lointaine Espagne. Lorsqu’ils recouvreront la liberté, Pembroke mourra sur la route du retour et Guichard d’Angle parviendra à rejoindre le Prince Noir, retiré définitivement en Angleterre. Il sera fait comte de Huntingdon et deviendra le protecteur du futur Richard II d’Angleterre.
Pour l’heure, les Rochelais se réjouissent de la défaite anglaise.

 

 

1371 : DU GUESCLIN EN AUNIS


Durant ce temps Guesclin entre dans le pays d’Aunis. Voyant les Rochelais pencher du côté de la France, il les engage à se rendre auprès de lui en secret et leur fait savoir qu’une résistance déplacée de leur part envers lui et ses troupes leur attirerait des grands malheurs.
Mais les Rochelais peuvent encore appréhender un nouvel armement de la part de l’Angleterre. Ils n’osent encore se déclarer mais répondent qu’ils sont prêts à se soumettre s’ils ne sont pas secourus par l’Anglais avant un certain temps. Cela irrite Guesclin qui menace de laisser ravager leur terre par ses soldats. Pour l’apaiser, les Rochelais lui offrent cinquante mille livres, somme tirée de leur commerce florissant.
Cependant la flotte castillane bloque toujours la rade de La Rochelle afin de prévenir toute tentative ennemie de débarquement. Espagnols et Rochelais passent un pacte tacite de non hostilité.

 

 

1372 : LE CAPTAL DE BUCH CAPTURÉ À SOUBISE

 

VUE DE LA PRISON DU TEMPLE

Du Guesclin envoie Renaud de Pons assiéger le château de Soubise qui commande l’embouchure de la Charente face à la forteresse de Rochefort.
La châtelaine de la place, la Dame de Parthenay, parvient à dépêcher un messager à Jean de Grailly, captal de Buch, qui s’est retranché dans la ville de Saint-Jean-d’Angély. Aussi vite qu’il le peut, le grand baron gascon s’élance à la tête de deux cents hommes d’armes et réussit à surprendre le sire de Pons et les siens dans leur sommeil. Il ravage son camp et le fait prisonnier, ainsi que nombre de ses compagnons.
Après cette facile victoire, nul ne se méfie. On ne voit pas arriver, dans la nuit du 22 au 23 août 1372, les barques montées par quatre cents hommes sous le commandement d’Owen le Gallois. Irréductible ennemi de l’Angleterre, prétendant au trône de Galles, celui-ci avait combattu à la bataille de Maupertuis au côté de Jean II.
Sitôt débarqué, l’ennemi se jette sur les hommes du captal et engage un bref et violent combat, éclairé par les lueurs fantomatiques des torches. Les Gascons doivent bientôt plier sous la loi du nombre.
Jean III de Grailly se rend alors, ainsi que Thomas Percy. Le captal de Buch finira ses jours dans une geôle de la prison du Temple, à Paris, l’an 1377.

 

 

1372 : LA ROCHELLE ENTRE DEUX EAUX


Les habitants de Ré, de Loix et d’Aix négocient leur reddition avec Jean de Rie, seigneur de Balançon, et Morelet de Montmaur.
Cependant Du Guesclin prend Poitiers, Saintes, Angoulême, Saint-Jean-d’Angély et d’autres villes de la région. Sans trop d’efforts car les habitants ouvrent grand leurs portes.
La ville de La Rochelle n’attend, pour se soumettre, que l’occasion favorable, car elle est tenue en respect par le château et la garnison anglaise qui s’y tient toujours, sous le commandement de Philippe Mancel.

 

 

1373 : LA ROCHELLE SE REND AUX FRANÇAIS


Texte recueilli dans « Hystoire agregative des Annales et croniques d’Anjou contenant le commencement et origine avec parties des chevaleureux et marciaulx gestes des Magnanimes Princes, Consuls Contes et Ducs d’Anjou - recueillies et mises en formes par noble et discret Missire Jehan de Bourdigné pretre Docteur es Droicts et depuis revues et additionnées par le viateur. A Angers Charles de Boingne et Clement Alexandre. L’An 1529. » (Document Médiathèque de La Rochelle)


Le victorieux duc d’Anjou voulant toujours montrer les vraye amour et affection qu’il avoit au Roi son frère et à son royaume et pareillement la hayne qu’il portoit à ses ennemis. L’An de grâce Mil trois cens soixante et treize entra avec grand nombre de gens d’armes au pays de Poitou et Xaintonge pour ce que la plupart des habitans tenoient le parti des Anglois. Si vint mettre le siège devant La Rochelle et fit tant qu’il eut l’acointance du Maire de celle ville nommé Jehan Coudorier lequel lui promit ayde et secours comme au Lieutenant du Roi de France son souverain Seigneur. Si en parla icelui Maire aux plus suffisans de la ville remontrant le grand danger auquel ils étoient d’être pris d’assault et le bon droit du Roi de France et plusieurs autres raisons, et tant les precha qu’ils furent tous d’opinion de recevoir le Duc d’Anjou en leur ville. Mais ils ne sçavoient comment ils pourroient lui livrer le Chasteau, pour ce que dedans étoient plusieurs Anglois en garnison. Toutefois le Maire leur dit qu’il pourvoyeroit bien à cela.
Si contrefist celle nuit une lettre du Roy d’Angleterre a luy adressant, laquelle il scella d’un scel qu’il arracha de quelque autre et contenoit icelle lettre que le Roy d’Angleterre lui mandoit qu’il fit faire les monstres des gens de guerre estans pour luy en la ville et chasteau de La Rochelle, et qu’il lui en fit sçavoir le nombre. Et le lendemain au matin le Maire alla à la porte du chasteau et appela le Capitaine qui Philippe avoit nom, lequel il sçavoit bien nêttre lettré. Si luy dit que le Roy d’Angleterre lui avoit mandé par lettres patentes que lui fit sçavoir combien de Gens d’armes êtoient pour luy es ville et chateau de La Rochelle et pour ce assigna au capitaine certaine place en la ville pour venir devant lui faire ses monstres affin que au vray il en peut faire rapport et en ce disant lui présenta lettres qu’il avoit contrefaites. Le Capitaine qui ne sçavoit lire ne considéra ni l’écriture ni le seing : mais regarda seulement au scel lequel bien cognent, et quand il vit le scel du Roy son Maistre à celles lettres attaché, il admonsta (?) de legiers (?) créance à ce que le Maire lui disoit. Si saillit du chasteau avec ses Gentilshommes et s’en vint faire sa monstre en la ville et place a lui assignée. Le Maire avoit fait mettre bien trois cens hommes de la ville (tenans son party) en armes, par lesquels le Capitaine et ses gens
furent prins : mais pour ce que aucuns de leurs serviteurs êtoient encore desmourés dedant le chasteau, lesquels avoient fermé les portes et levé les ponts. Le Mayre menassa le Capitaine (qui son prisonnier étoit) de lui faire trancher la teste. Lors le Capitaine ayant paour de morir commanda à ses gens rendre la place, ce qu’il firent. Et furent tous les Anglois par mer envoyés à Bordeaulx, et dis (?) Duc d’Anjou delivrés les ville et chasteau de La Rochelle, lequel y entra en grand Triomphe. Et quand il fut il fit abatre et raser le chasteau. Et pour ce que ceux de la ville sestoient bien portés vers luy, il leur octroya Privilège de forger monnoye en leur ville, ce que jamais ne avoient sçu avoir et au Roy son frère fit ratiffier son octroy, qui de ce luy envoya lettres de ratification lesquelles le Duc bailla aux Rochelloys. dont moult le mercyèrent et luy promirent et jurèrent être toutes leurs vies loyaulx à la Couronne de France.

 

 

1373 : LE SIÈGE DE BENON

 

Après quelques jours, les chevaliers de France s’en vont assiéger le château de Benon, qui appartient alors à Jean de Grailly, captal de Buch et connétable d’Aquitaine en remplacement de Chandos. À noter que les gens de guerre de cette place menaient des razzias sur les terres des habitants de l’Aunis qui venaient de rentrer sous l’obéissance de Charles V.
Benon est sous le commandement de David Olegrave, un homme réputé féroce qui, apprenant la reddition de La Rochelle, se venge sur quelques uns de ses hommes, des Rochelais à son service, et leur fait couper les lèvres, les oreilles et une main avant de les pousser sur les routes de la capitale d’Aunis avec la charge d’annoncer à leurs concitoyens le sort ainsi réservé pour leur défection.

MEURTRE D'OLIVIER DE CLISSON BNF)

A la nouvelle de cette cruauté, Du Guesclin vient assiéger Benon ou ne restaient plus qu’une poignée d’hommes de garnison. Douze d’entre-eux tentent une sortie et sont découverts par un officier nommé Payen. Blessé par ses assaillants, celui-ci se rend et, répondant aux questions qu’on lui pose, déclare être sous les ordres de Clisson. À ce nom, les Anglais lui portent plusieurs coups mortels et retournent au château.
Olivier de Clisson, avançant à la tête d’une troupe de cinq cents hommes, découvre le spectacle à la lueur des brandons. Il jure de ne faire aucun quartier aux Anglais.
On donne l’assaut et on enlève la première enceinte par échelade. Les Anglais se réfugient dans le donjon. Sommés une seconde fois de se rendre, ils y consentent à condition qu’on leur laisse la vie sauve et leur permette de partir avec armes et bagages. Du Guesclin exige qu’ils se rendent à merci. Ils acceptent finalement. Entretemps, Clisson demande à Guesclin qu’on lui donne les prisonniers. Guesclin le lui accorde. Tandis que les malheureux sortent du donjon la corde au cou, Clisson se place à côte de la porte, une hache à la main, et en massacre quinze.

 

 

1373 : CAPITULATION DES SEIGNEURS
POITEVINS ET SAINTONGEAIS

 

LA TOUR DE BROUE

Après Benon, Du Gueclin se dirige vers Marans. Les habitants, réfugiés dans l’enceinte du château se rendent à condition d’être maintenus dans la possession de leurs biens.
Ensuite, il prend la direction de Surgères. Les Anglais évacuent la ville et vont se retrancher à la tour de Broue.
Cependant, les principaux seigneurs saintongeais et poitevins, encore sous la coupe anglaise, prennent conscience qu’ils peuvent tout perdre s’ils ne s’accommodent pas rapidement aux capitaines du roi de France. Ils proposent une capitulation, qui est signée à Surgères le 28 septembre 1373, à la condition qu’Édouard III et le Prince Noir échoueraient à se présenter devant le château de Thouars, d’ici la Saint-André. Si toutefois le secours parvient dans le délai indiqué, la capitulation serait réputée nulle.
Mais le roi d’Angleterre et son fils le prince de Galles échouent dans leur tentative de débarquement. Une absence totale de vent les force à demeurer plusieurs semaines en mer puis à renoncer. Comme convenu, au lendemain de la Saint-André, la capitulation des barons de Poitou et de Saintonge est signée.

 

 

1387 : LE « GARDE » DE ROCHEFORT

La châtellenie de Rochefort, qui avait été donnée à Guichard d'Angle par le Prince Noir, lui avait été ensuite confisquée par le roi Charles V pour trahison. On trouve en 1387 un certain Copin de Macqueville, indiqué dans des documents sous le titre de « Garde de Rochefort ». Ses armes sont : à la porte surmontée de deux tourelles et accompagnée d'une étoile en chef et à dextre.

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